La règle simple : n’achetez une garantie prolongée que si Coût de garantie ≤ Probabilité de panne × Coût de réparation (sur la durée couverte).
C’est le test “break-even”. Il dit juste ceci : si, en moyenne, vous payez plus que ce que vous êtes “susceptible” de récupérer, vous achetez surtout de la tranquillité — pas une bonne affaire.
La règle du “Produit des trois”
Retenez une formule, pas un roman.
- G = coût de la garantie (en % du prix du produit, ou en % de votre budget mensuel dédié aux imprévus)
- p = probabilité que la panne couverte arrive pendant la période (en %)
- R = coût de réparation si la panne arrive (en % du prix du produit, ou en “X cycles de paie” si vous raisonnez en capacité)
Test de rentabilité : achetez seulement si G ≤ p × R.
Exemple mental rapide (sans calcul compliqué)
- Si la garantie coûte 12% du produit
- Et que la panne “utile” a 20% de chances d’arriver
- Et que la réparation moyenne serait 50% du produit
Alors p × R = 0,20 × 0,50 = 0,10 = 10%.
Vous payez 12% pour un “risque moyen” de 10% → pas rentable.
Mini-scénarios (variables, pas de monnaie)
Scénario 1 : appareil “standard”, réparations modérées
- Garantie : G = 10%
- Panne couverte : p = 15%
- Réparation : R = 40%
Calcul : p × R = 0,15 × 0,40 = 6%
Résultat : 10% > 6% → la garantie est surtout un confort, pas une bonne affaire.
Scénario 2 : produit fragile, réparation lourde
- Garantie : G = 8%
- Panne couverte : p = 25%
- Réparation : R = 60%
Calcul : p × R = 15%
Résultat : 8% ≤ 15% → rentable sur le papier.
Scénario 3 : vous raisonnez en “capacité”
Vous ne voulez pas convertir en prix du produit. OK : utilisez votre capacité.
- Votre “réserve imprévus” actuelle couvre au moins 2 cycles de paie de dépenses essentielles.
- La réparation probable représenterait 0,5 cycle.
- La garantie coûte l’équivalent de 0,2 cycle.
- Vous estimez p = 20% sur la période.
Ici, p × R = 0,20 × 0,5 = 0,1 cycle.
Vous payez 0,2 pour un risque moyen de 0,1 → pas rentable, et en plus vous pouvez absorber la panne.
Où le test casse (et pourquoi)
Le test est propre… si les chiffres le sont. Il casse surtout sur trois points :
- p est flou. Vous n’avez pas une vraie probabilité. Vous avez une impression.
- R n’est pas un “coût unique”. Il y a des franchises, exclusions, plafonds, main-d’œuvre, transport, immobilisation.
- La garantie ne couvre pas “les pannes que vous craignez”. Elle couvre celles écrites dans le contrat.
Donc, si vous utilisez la règle, utilisez-la sur la panne couverte la plus probable et la plus coûteuse, pas sur un scénario catastrophe vague.
Variante plus sûre : la règle du “Double Filtre”
Quand vous n’êtes pas sûr de p et R, prenez une version robuste.
Variante : n’achetez la garantie que si ces 2 conditions sont vraies :
- G ≤ 0,5 × (p × R) avec des hypothèses prudentes
- La panne vous mettrait en difficulté (vous ne pouvez pas absorber R sans descendre sous votre seuil de sécurité)
Traduction : même si vous vous trompez un peu sur la probabilité ou le coût, vous gardez une marge. Et vous n’achetez pas une assurance pour un risque que vous pouvez encaisser.
Pocket-card (à garder)
Règle : Achetez si G ≤ p × R (sur la période couverte).
Quand l’utiliser : Quand vous pouvez estimer p et R en % (ou en cycles de paie) et que les conditions sont simples.
Quand ne pas l’utiliser : Quand le contrat est rempli d’exclusions, franchises, plafonds, ou quand p est une pure supposition.
Adapter (plus sûr) : Exigez une marge : G ≤ 0,5 × (p × R) et n’achetez que si une panne vous ferait passer sous votre seuil de sécurité.
Erreurs courantes
- Confondre “garantie” et “tout risque”. Beaucoup de pannes typiques ne sont pas couvertes (usure, casse, liquide, accessoires).
- Sous-estimer les conditions. Franchise, délais, immobilisation, preuves, réparateur imposé : tout ça augmente votre “R réel”.
- Surestimer p à cause de la peur. Le cerveau adore le scénario rare et douloureux.
- Ignorer l’alternative simple : auto-assurer. Si vous avez déjà une réserve qui dépasse votre seuil (par ex. ≥ 2 cycles de paie d’essentiels), la garantie est souvent moins utile.
- Comparer des durées différentes. Une garantie “3 ans” n’a de sens que si vous gardez le produit au moins aussi longtemps.
Conclusion pratique
Si vous ne retenez qu’une chose : une garantie prolongée est un bon achat seulement quand son coût est inférieur au risque moyen de réparation (p × R), et mieux encore quand elle passe le Double Filtre. Sinon, gardez la règle simple : vous payez surtout pour réduire l’incertitude, pas pour gagner mathématiquement.

